02 novembre 2009 par Gaëtan Coisel
Le relevage avant ne doit plus être considéré comme un simple porte-masse mais plutôt comme un outil essentiel, notamment en termes de transmission de puissance.
Un tiers des tracteurs vendus en France sont équipés d’un relevage avant ; 5 à 10 % de ces relevages sont accompagnés d’une prise de force. Leur but est de réduire les charges de mécanisation, améliorer la transmission de la puissance au sol, diminuer la compaction des sols et obtenir une meilleure répartition des masses. Mieux vaut utiliser un poids travaillant, l’outil frontal, plutôt qu’un lestage inerte, qui consomme inutilement du carburant et ajoute de la résistance au roulement.
De plus, les outils portés, plus adaptables et modulables aux variations de conditions de sols, coûtent moins cher à fabriquer qu’un outil semi-porté et existent déjà sur l’exploitation.
Pour cela, la conception d’un relevage, avant comme arrière, est déterminée par les contraintes de fonctionnement et des normes (Cat 2 ou 3N).
Que le relevage soit monté d’usine ou installé après l’achat du tracteur, ces contraintes sont les mêmes. Le relevage monté d’usine aura l’avantage de s’harmoniser esthétiquement avec le tracteur. Il en va souvent de même pour les commandes en cabine.
De plus, dans ce dernier cas, la construction du tracteur intègre les contraintes auxquelles est soumis le relevage avant. Cela facilite aussi les montages a posteriori. De manière générale, les relevages intégrés ont tendance à offrir un meilleur rayon de braquage. Cependant, le montage d’usine n’offre pas toujours la possibilité d’arbitrer entre coût et performances.
Revenir sur les règles d’un bon équipment
Lors de l’étude d’achat d’un tracteur, le relevage avant de base représente un coût modéré et se révèle être un confort et une anticipation pour des besoins futurs. Cependant, certains sont déçus lorsqu’ils veulent effectivement se servir de leur relevage avant. D’après Hubert Defrancq, directeur de la société Laforge, « il faut aujourd’hui réexpliquer les règles d’un bon équipement qui étaient bien comprises il y a vingt ans. Il y a souvent confusion entre capacité de levage et résistance à la poussée. En effet, à l’arrière, le relevage est construit pour tout faire et sa capacité de levage est le facteur de variabilité. À l’avant, les relevages de base sont rarement conçus pour tout accomplir : une légère lame bulldozer demande plus de résistance à la poussée qu’une grosse trémie de grain. Cela explique des variations de coût entre différents modèles de relevage, pour des capacités de levage proches. »
En termes de précision au travail, une bonne rigidité latérale et torsionnelle est essentielle pour une régularité de fonctionnement satisfaisante.
Plusieurs constructeurs de tracteur proposent un contrôle uniquement de position. Massey Ferguson, avec son Dual Control, offre un contrôle d’effort à l’avant en fonction des signaux du relevage arrière. En revanche, ce système ne donne pas la possibilité d’un contrôle d’effort indépendant du relevage avant.
Laforge a développé un dispositif de contrôle de position et d’effort basé sur un capteur de position, une électrovanne proportionnelle et une unité électronique : le niveau de précision est alors comparable à celui d’un relevage arrière. Il offre des fonctions complémentaires pour gérer automatiquement les effets de la combinaison avant-arrière que l’on ne rencontre pas s’il y a seulement un outil à l’arrière.
Tenir compte du relief
Si l’on utilise l’avant et l’arrière, il faut tenir compte des variations du véhicule et du relief. La déformation des pneumatiques, variable selon la charge appliquée, influence le positionnement des outils. Ce phénomène est d’autant plus amplifié dans les phases transitoires, avec les suspensions avant.
En outre, les contrôles d’efforts, tels que proposés à l’arrière, ne sont pas opérationnels à l’avant : certains phénomènes de torsion et de poussée sont opposés aux réactions du relevage arrière et conduisent à un comportement instable.
Le fait de pousser un outil force la pénétration de ce dernier. C’est pourquoi, pour éviter les situations d’instabilité et pour anticiper les variations de relief, des roues de jauge sont presque toujours nécessaires.
La solution simple consiste alors à travailler en mode flottant. Mais en procédant de la sorte, le troisième point travaille en compression et cela revient pratiquement à doubler le couple cabreur, à lester les roues de jauge de l’outil et à délester l’essieu avant du tracteur.
De plus, la pression dans les vérins du relevage étant nulle, le poids de l’outil avant n’est pas supporté pas le tracteur. En conséquence, le tracteur perd de la capacité de traction et de la maîtrise de la conduite.
Cela va à l’encontre du but recherché pour les travaux exigeants en traction (chisel, charrue, décompacteur).
« Le montage d’un outil sur le relevage avant, combiné avec un outil sur le relevage arrière permet d’améliorer la traction, poursuit Hubert Defrancq, à condition de le faire correctement en utilisant un contrôle approprié et d’équilibrer le tracteur. » Ces contrôles simplifient aussi le travail de l’opérateur.
Respect de la charge utile
Atteler un outil à l’avant permet un meilleur équilibre des masses et facilite le respect du PTAC. « En France, le respect du PTAC n’est malheureusement pas chose courante, affirme Antoine Brissart, responsable produit tracteur Fendt. Les PTAC des tracteurs sont souvent inadaptés aux outils qu’ils peuvent atteler. La combinaison d’outils avant-arrière réduit le poids de l’ensemble tracteur-outil, car un matériel avant d’une tonne implique, du fait du porte-à-faux, un report de charge équivalent à un jeu de masse de 1 500 kilos. »
Légende : Travailler avec une combinaison d’outils ajoute la contrainte de gérer deux relevages simultanément.
Crédit photo : Kverneland
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